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Actualités 843 TMS : "Le plus important est d'instaurer une vraie culture de prévention"

Publié le 06/05/2010

Pour Virginie Abadie, masseur-kinésithérapeute et consultante-formatrice chez C3S en prévention des TMS, CHSCT, ressources humaines et médecine du travail doivent travailler ensemble dans la prévention des TMS. Les services de médecine du travail pour les soins et la prévention, les RH vis-à-vis de l'intégration d'une politique qui recouperait organisation du travail, gestion de carrière et suivi de tableaux de bord ATMP, par exemple. Et Le CHSCT, enfin, dans la mise en place d'actions visant à minimiser l'apparition de ces troubles. En effet, l'entreprise a tout intérêt à mettre en place un « projet de prévention des TMS »porté par ces services, explique Virginie Abadie.  Entretien.

Pour Virginie Abadie, masseur-kinésithérapeute et consultante-formatrice chez C3S en prévention des TMS, CHSCT, ressources humaines et médecine du travail doivent travailler ensemble dans la prévention des TMS. Les services de médecine du travail pour les soins et la prévention, les RH vis-à-vis de l'intégration d'une politique qui recouperait organisation du travail, gestion de carrière et suivi de tableaux de bord ATMP, par exemple. Et Le CHSCT, enfin, dans la mise en place d'actions visant à minimiser l'apparition de ces troubles. En effet, l'entreprise a tout intérêt à mettre en place un « projet de prévention des TMS »porté par ces services, explique Virginie Abadie.  Entretien.

On entend beaucoup parler de TMS avec le lancement, le 19 avril dernier, de la campagne nationale destinée à inciter les entreprises à prévenir ces troubles. Un TMS, c'est quoi exactement et qu'est-ce qui le provoque ?

Virginie ABADIE : « TMS » est une abréviation couramment utilisée pour désigner un trouble musculo-squelettique. Comme il est dû à l'association et l'accumulation de plusieurs facteurs de risque, il est possible d'intervenir à plusieurs niveaux pour préserver les salariés de leur apparition. Les actions qui permettent d'obtenir un résultat optimal sont celles qui associent plusieurs aspects :

  • Les facteurs biomécaniques tout d'abord, c'est-à-dire la posture, le mouvement que l'on donne au corps qui engendre des vibrations, etc. Tout ce qui contraint le corps et, par conséquent, ce sur quoi l'on va chercher à agir.

Pour donner un exemple concret : sur une ligne de production en usine, un opérateur qui va effectuer le même mouvement avec un bras positionné en hauteur n'est pas dans une position naturelle. Ses muscles, articulations et tendons sont sollicités comme un sportif fait travailler ses mollets pendant une course, et ce n'est pas anodin en termes de conséquences.

  • Les facteurs psychosociaux ensuite. Lorsque l'on stresse, par exemple, les muscles se contractent. Certains sont même dits « émotionnels » car ils réagissent particulièrement à l'état de stress comme la nuque ou le dos (les muscles situés à l'arrière du corps en général).

Associé aux gestes bio-mécaniques, le stress est un grand facteur de risque de TMS.

  • Pour finir, les facteurs de risques personnels. En effet, il faut souligner que nous ne sommes pas tous égaux devant les TMS. L'âge, le sexe, l'hydratation (le muscle tendon a besoin d'eau), la fatigue, la capacité personnelle ? sont autant de facteurs à risques.

Précisons, pour finir, que les TMS les plus fréquents se situent en général au niveau des membres supérieurs.

Quels sont les signes avant-coureurs ?

Les signes précoces les plus fréquents qui peuvent alerter un individu sont les courbatures, les contractures ou les tensions. À ce niveau, il n'y a pas encore de « lésion » donc si une action est engagée à ce moment-là, il est plus facile d'enrayer l'évolution du TMS.

Il est important d'indiquer que plusieurs stades existent:

  • Mal à l'effort,
  • Mal à l'effort ET au repos,
  • Mal à l'effort, mal au repos ET mal la nuit

Si la douleur est là, c'est qu'il faut réagir ! Avec la souffrance engendrée par les gestes nocifs, le corps nous « parle » et nous envoie un message : « Attention ! surchauffe »

Il faut prendre garde à ces messages du corps, car les TMS sont insidieux et ont un impact au quotidien. Ils nous touchent, non seulement dans la vie professionnelle mais aussi dans la vie privée avec tous les gestes que nous effectuons au quotidien. Attention, c'est un mal qui ne se voit pas... En effet, il n'y a rien de cassé et la douleur est uniquement ressentie par l'individu. Or, selon l'évolution du trouble, la douleur peut devenir récurrente !

On parle beaucoup de ces troubles ces temps-ci et notamment pour ce qu'ils coûtent à l'Administration de tutelle et aux entreprises. Cette problématique de TMS est-elle récente ?

Les TMS existent depuis longtemps mais auparavant, mal diagnostiqués, ils étaient souvent attribués à d'autres pathologies. Par ailleurs, le rapport à la douleur a évolué : aujourd'hui, on n'accepte plus d'avoir mal en travaillant, alors qu'auparavant, cela était vécu comme une fierté et une preuve que l'on avait beaucoup donc bien travaillé.

Bien que l'évolution du code du travail et de la réglementation européenne ait fait baisser le poids des charges, d'autres facteurs sont apparus. L'industrialisation massive, avec sa course au rendement, a profondément modifié les conditions de travail. En effet, la polyvalence a été remplacée par des gestes répétitifs, destinés à gagner en temps et en efficacité ! Ça n'est pas sans conséquence sur la santé et c'est ce que l'on constate aujourd'hui.

Y a-t-il des secteurs d'activité particulièrement touchés par ce phénomène ?

Tous sont concernés, et certains plus que d'autres : les secteurs liés à la production, à l'agro-alimentaire ou à la pharmaceutique, par exemple. Côté salariés, les plus exposés sont incontestablement les opérateurs, c'est-à-dire les postes où l'autonomie est moindre. Tous les gestes naturels, comme s'étirer, ne sont pas possibles car les mouvements au poste doivent être précis, cadencés et répétitifs. En enlevant la possibilité de s'étirer à l'individu, les muscles fatiguent.

Quelles actions de prévention peuvent être mises en place ?

La première des préventions est l'information des salariés. Il est primordial qu'ils connaissent les signes précoces de TMS pour pouvoir eux-mêmes solliciter une aide et un suivi, en se dirigeant, par exemple, vers le service médical ou le CHSCT de leur entreprise.

Au niveau des actions qui peuvent être mises en place dans l'entreprise, il faut réfléchir à l'ergonomie des postes et améliorer les installations en place. Mais ce n'est pas suffisant : le corps n'est pas fait pour rester assis ou dans la même position durant 8 heures, il faut donc agir sur la récupération physique. D'où l'importance de la prévention active !

Le rôle des managers, des services RH et autres gestionnaires de personnel est crucial si on souhaite que les actions mises en ?uvre soient efficaces. Les responsables devraient en effet autoriser et encourager les exercices et mesures de protection au quotidien. Il est  primordial que le top management soit sensibilisé car les opérateurs ont besoin de se voir dégagé du temps pour pouvoir appliquer tous ces exercices.

Je souligne à nouveau que les exercices d'étirements ont leur importance. Un sportif après une course s'étire et il devrait en être de même pour les opérateurs. Les exercices doivent faire partie du poste au même titre que les équipements de protection individuelle comme les gants, les lunettes de protection ou les chaussures de sécurité. Et ce dès l'intégration d'un nouveau salarié par la mise en place de procédures d'accueil dédiées à la santé et la sécurité.

Dernière étape d'un projet de prévention TMS dans une entreprise : la formation individuelle de personnes relais qui formeront à leur tour les opérateurs en interne. Lorsque les opérateurs sont formés à la prévention active, on constate en général une baisse significative des TMS dès la première année !

Pour conclure, je dirais que c'est à chaque entreprise de mettre en place et d'adapter « SON » projet de prévention, en fonction de son secteur d'activité, de ses contraintes, de son environnement, et de ses salariés... Le plus important étant, par contre, de suivre attentivement cette problématique TMS et d'instaurer une vraie culture de prévention !

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