Coaching : « Je ne sais pas me projeter à moyen terme, comment faire ? »

Choisir son orientation professionnelle, faire des choix de vie, est-ce suivre les voies tracées par d’autres ou inventer sa propre histoire ? Sous forme de lettre à une coachée, Emmanuel Lavergne vous propose trois questions simples et une méthode efficace…

Coaching : « Je ne sais pas me projeter à moyen terme, comment faire ? »

Chère Sandrine,

La dernière fois que nous nous sommes vus, vous me parliez de la difficulté que vous rencontrez, actuellement, à faire des projets à long terme. Vous n’êtes pas la seule, beaucoup de personnes sont tellement absorbées par le temps court du quotidien qu’elles en oublient le temps long des projets, ou bien tellement attirées par les activités extérieures qu’elles s’oublient elles-mêmes. Cette question peut aussi surgir à l’occasion d’une promotion proposée, qui amène à s’interroger sur le projet dans lequel elle s’inscrit. Et oui, il est donc préférable de l’anticiper, de la prendre à bras le corps plutôt que de la subir.

Chez vous, je perçois tout d’abord qu’il ne s’agit d’acédie, qui est un manque de motivation, une « envie de rien » et un « besoin de tout », pour paraphraser la chanson et qui se manifeste notamment lors de crises de milieu de vie (CMV). Certes, vous ressentez des doutes et exprimez de la lassitude, mais vous êtes toujours engagée et débordez d’activité… Il s’agit donc là simplement d’une difficulté à faire des projets à long terme qui semble vous inquiéter un peu. Peut-être vous sentez-vous comme à la recherche d’un fil rouge, d’une raison d’être, d’un objectif qui vous porterait au-delà des prochains comités de pilotage, au-delà des vacances à venir ou du prochain job.

Parmi les questions de coaching que je trouve les plus puissantes, en voici deux, pourtant simples en apparence et qui peuvent peut-être vous aider :

Qu’est-ce que vous voulez ?

Cette première question nous concerne tous. Il ne s’agit pas de de savoir ce que je veux faire de ma vie, mais simplement de ma prochaine tranche de vie…. et nous avons plus vite fait de dire ce que nous ne voulons pas (ou plus) que ce que nous voulons ! Savoir ce que je veux vivre dans les cinq à dix ans qui viennent est, pour la plupart d’entre nous, tout sauf simple. L’enjeu, c’est la place que nous voulons, que nous nous donnons, comme celle qui nous est reconnue.

Je vous entends déjà me dire « Oui, mais pour nous, zèbres*, qui voulons tout, ressentons beaucoup, c’est encore plus compliqué : choisir quelque chose serait renoncer au reste… impossible bien souvent ! Peut-être, nous pouvons prioriser pour éviter de renoncer, mais prioriser, c’est encore plus subtil que oui ou non ! ». Choisir sur une carte au restaurant, ça va, mais quand il s’agit de choix plus impliquants….

J’en entends aussi d’autres dire « Non, non, je ne sais pas choisir, j’ai toujours été un bon petit soldat, j’ai besoin d’un cadre et alors j’applique et je le fais de mon mieux. J’y trouve du plaisir peut-être pas du bonheur certes, mais j’en suis satisfait ». Question du choix là encore…

Vous le savez, Sandrine, si VOUS ne choisissez pas, d’autres le feront pour vous… Préférez-vous cela, préférez-vous choisir une option, souvent temporaire, qui ne vient pas de vous et qui ne vous convient qu’en partie. Agir ou réagir, d’une manière ou d’une autre vous allez choisir, choisir pour ou choisir contre… Mais agir plutôt que réagir, c’est maîtriser….

Pour répondre à cette question « qu’est-ce que vous voulez ? », « quel est votre projet à 5/10 ans ? », la seule voie possible me semble consister à suivre deux chemins. La réponse se trouve au carrefour entre les deux chemins.

Le premier chemin, c’est de suivre ses propres talents**. Nous en avons plein, mais certains plus en abondance. Des études que cite mon ami Jacques Forest montrent que seulement un tiers d’entre nous sommes capables de nommer leurs forces et que seuls 17% estiment les mettre en œuvre vraiment au travail. Pourtant, c’est lorsque nous faisons appel à nos talents que nous sommes à notre meilleur. Ce chemin de nos talents, c’est le chemin principal, et connaître aussi nos biais qui pourraient nous conduire dans le bas-côté de la route. C’est le « parce que tu as de la valeur à mes yeux » d’Isaie, le « gnoti seauton » des Grecs, ou le « inside out » des startuppers.

Le second chemin, c’est comprendre ce qu’attend notre environnement. L’environnement, c’est bien plus que le « petit » monde de nos familles, amis, service, direction, organisation, voisins… c’est le « grand » monde jusqu’auquel nous nous sentons capables d’accéder. Comprendre plus encore que ce qu’il demande, ce qu’il espère, profondément sans le demander. C’est le « outside in », chemin de l’empathie et aussi de l’intuition.

Au carrefour de ces deux chemins, celui des talents et celui de l’environnement, se trouve une place de village. C’est notre place, notre juste place et notre place juste. Ce carrefour, cette place répond à la question : « que manquerait-il au MONDE si JE n’étais pas là ? » et c’est ce qui peut définir notre projet à moyen terme.

Voir ce carrefour et cette place exige cependant de dissiper le brouillard qui nous le cache et cache les deux chemins… Brouillard parfois bien pratique car il nous évite de voir clair en nous-mêmes…

Ce brouillard, ce sont notamment les influences anciennes devenues des pensées automatiques, les émotions non entendues, les situations ou relations sécurisantes, bref les choix en partie conscients ou inconscients qui orientent notre route. Schémas mentaux du psychologue, connections cérébrales du neurologue, programmes de l’informaticien…. Ces « choix » sont devenus des routines qui nous sont utiles ou nous l’ont été, car ce sont aussi la charpente du compagnon ou la structure de l’architecte ; aussi remercions les, ne les rejetons pas, car les rejeter serait appliquer un autre schéma mental. Conservons seulement ceux qui sont pertinents maintenant et écartons ceux qui nous font faire fausse route. Comment ?

Percevoir leur existence, leur influence est en soi un long travail de conscience et c’est là que méditation et accompagnement sont utiles. Et lorsque nous réussissons à dissiper le brouillard, nous devenons conscients et clairvoyants : commence à apparaitre à nos yeux le croisement des chemins et notre place. La première question « qu’est-ce que vous voulez ? », « quel est votre projet à 5/10 ans ? » trouve alors une réponse qui commence à nous satisfaire. C’est alors que la seconde question s’impose.

Comment pourriez-vous réussir à faire échouer votre projet ?

Cette deuxième question est un feu qui purifie la réponse que nous avons donnée à la première. C’est le dernier test de ce qui nous retient avant d’être vraiment ce que nous sommes, et ce que le monde (pas notre monde) espère de nous. Bref d’être vraiment à notre juste place.

En début de coaching, la question « qu’est-ce que vous pourriez faire de mieux pour faire échouer ce coaching ? » permet souvent au coaché de se rendre compte si il/elle veut vraiment progresser vers les objectifs fixés et si tel est bien le cas, sur quoi il/elle devra se défier de lui/elle-même.

Ici, de la même manière, ce sont d’autres mécanismes qui vont remonter, et c’est aussi le test de la clarté du projet et de l’intention. Est-ce un projet qui s’impose comme une évidence, fondé sur l’être et non le paraître !

Aussi, même lorsque tu sauras ce que tu veux, prends le temps quand même de répondre à cette question, tu y découvriras d’autres obstacles intérieurs à la réalisation de ton projet et parce que tu en auras pris conscience, tu sauras mieux les gérer. Tu découvriras aussi, si tu l’oses, les schémas mentaux que tu appliques en fait comme des mécanismes.

Comment réaliser mon projet ?

Chère Sandrine, lorsque vous saurez et que vous sentirez que vous tenez VOTRE projet, vous vous poserez la question du « comment réussir à le réaliser…. Pour cela, il faut d’abord l’écrire, ensuite le vivre, enfin le réaliser. Oui, oui c’est bien dans cet ordre ! Il faut le croire pour le voir et non le voir pour le croire… Et là, je sais que j’en laisse quelques-uns en chemin. Vous, suivez-moi un peu encore si vous voulez bien.

L’écrire. Formalisez votre projet sur une colonne à gauche d’un A4. Écrivez, dessinez même, ce que c’est, ce que vous y faites, avec qui, comment ça se passe ; il peut s’agir d’un projet personnel et/ou professionnel, ce qui importe c’est que vous écriviez ce à quoi vous tenez vraiment, qu’il reflète VOTRE place comme nous l’avons vu précédemment ; ce n’est pas une simple élucubration, c’est ce que vous VOULEZ et, comme c’est lié à vos talents, c’est aussi ce que vous VALEZ ! Ensuite, dans une colonne de droite, écrivez ce que vous ressentirez quand ce projet sera devenu VOTRE réalité : quelles émotions intenses, joies, fierté, sérénité, enthousiasme, amour, curiosité, et surtout gratitude, soulagement, …. Imaginez-les, écrivez-les !

Le vivre d’avance. Relisez souvent ce document. Vivez déjà dans votre projet comme s’il s’était déjà réalisé et percevez les émotions qu’il entraîne chez vous. Ressentez-les profondément ! Faites-le si possible en fin de méditation, chaque jour, laissez-vous imprégner de ces émotions fortes. Répétez, répétez. Il ne s’agit pas de pensée magique, car en faisant ainsi, vous déclencherez les mécanismes neurologiques qui reprogrammeront vos connections et en établiront de nouvelles, comme Dr Joe Dispenza le démontre, expériences à l’appui.***

Le réaliser. Parce que votre projet est clair et que votre volonté est arrêtée, que vous le vivez déjà émotionnellement, le travailler, le communiquer, tout vous sera plus facile. Et les planètes s’aligneront, à commencer par les planètes internes tête, cœur, corps, énergies ; puis également les planètes extérieures : votre aura nouvelle les captera naturellement par votre énergie devenue force d’attraction. D’une manière ou d’une autre, peu importe, sans prévenir, d’une manière peut-être inattendue, votre projet verra le jour.

Chère Sandrine, c’est de tout cœur ce que je vous souhaite !


* Pour simplifier, le terme « zèbres » désigne des personnes HPI (Haut Potentiel intellectuel) ou particulièrement doués (enfants précoces,…

** pour prioriser, une excellente manière est nous appuyer sur nos talents, et de voir sincèrement dans quelles activités actuelles et futures nos talents s’épanouiront le plus. En effet, lorsque nous exerçons nos talents, nous sommes fluides, plus efficaces et plus en énergie. Contrairement aux idées reçues, il est difficile de reconnaître ses propres talents, car les exercer ne nécessite pas d’effort visible. C’est pour cette raison que peu de gens connaissent vraiment leurs propres talents. Pour connaitre nos talents, vous pouvez utiliser le questionnaire disponible gratuitement à l’adresse suivante: https://www.viacharacter.org/survey/account/register. La page d’accueil est en anglais mais le questionnaire est disponible en français (et en 40 autres langues). Il suffit de s’inscrire, remplir le questionnaire et ensuite de faire imprimer les résultats, qui sont tout simplement le classement de vos forces personnelles, de la plus présente à la moins présente. Mon ami Jacques Forest, professeur à l’UQAM à Montréal, a mené de nombreuses études au niveau mondial. Elles montrent que lorsque une personne met en œuvre ses talents de manière fréquente, intense et longtemps, son état général, son engagement et sa motivation s’en ressentent de manière significative.

*** Joe Dispenza, « You Are the Placebo: Making Your Mind Matter », 2014. « Becoming Supernatural: How Common People Are Doing the Uncommon », 2017. Parmi les études réalisées par le Dr Joe, j’aime beaucoup celle de ces septuagénaires : mis cinq jours dans des dispositions mentales plus jeunes et l’environnement adapté, ils ont vu se modifier leurs capacités psychlogiques et physiques jusqu’à jouer au rugby (sans placages !).

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