Candidat, collaborateur : osez questionner

Combien de fois vous êtes-vous entendu dire en entretien, en rendez-vous : « avez-vous des questions ? ». Une invitation à en poser, à n’en pas douter. Mais laquelle ? La bonne question bien sûr, tout comme l’enjeu de la bonne réponse. A moins que le sujet ne soit ailleurs. Questionner en rendez-vous, entretien interne ou externe, relève autant de la forme, que de la posture. Le questionnement est un outil pour comprendre, pour vous faire une opinion. C’est aussi une opportunité de vous positionner par rapport à votre capacité d’écoute, d’analyse, de curiosité, de projeter.

Candidat, collaborateur : osez questionner.
Lors d'un moment d'échange entre recruteur et candidat, le questionnement est un moyen pour manifester votre intérêt et démontrer votre capacité à écouter.

Questionner : oser pour dépasser

Avant de formuler une question, il s’agit de dépasser ce rapport à l’autorité, ou plutôt à ses représentations, incarné pour faire court, par une posture d’obéissance à celui ou celle qui décide. Celui-ci ou celle-ci devient dans l’univers professionnel toute personne qui peut à un moment décider de quelque chose pour une autre. L’autorité serait donc une question de pouvoir ? A questionner…

Questionner, en tant que collaborateur ou candidat, peut-être perçu comme une façon de remettre en question l’autorité de son interlocuteur. Quelle qu’en soit la raison, il reste quelque chose de « Que va penser mon interlocuteur si je questionne? ». Ce rapport à la reconnaissance, à l’évaluation, à l’opinion de l’autorité. Elle est bien entendu importante. Le sujet est la place qu’elle occupe dans la libération de l’expression. Questionner induit une opinion de son interlocuteur, manager – interviewer, et ne pas questionner en induira une également. Il serait illusoire de croire en une forme de neutralité d’évaluation en cas de non questionnement. Le sujet est probablement davantage l’objectif fixé au questionnement par le candidat ou le collaborateur : taper juste, ou générer de l’information, de la posture de la part de son interlocuteur pour se faire une opinion plus précise en tant que candidat ou collaborateur.

Questionner, c’est dépasser un risque, voire une demande d’être bien noté. C’est occuper le moment au-delà des statuts, évalué / évaluateur, pour investir l’échange de manière professionnelle, construite, en posture. C’est aussi dépasser cette idée qu’il y aurait la bonne question, comme la bonne réponse, qui permettrait de marquer des points, en répondant à ce que le candidat, ou collaborateur, suppose de l’attente de son interlocuteur. Il me semble préférable de construire le dialogue professionnel sur des bases connues, en présence, en échange, plutôt que sur des suppositions, qui, trop nombreuses, créent le risquent plutôt qu’elles ne l’évitent.

Une fois la résistance d’autorisation dépassée, faut-il encore trouver le chemin vers ce questionnement.

Questionner : écouter pour formuler

Comme nous l’évoquions plus haut, questionner est autant un moyen de vous permettre de recevoir un message, de contenu ou de posture, que de vous positionner dans l’échange.

  • Éviter les questions qui ne questionnent pas. Ce sont les questions sur des sujets d’évidence, dont les réponses sont disponibles sur le site internet, dans un document comme l’annonce, le descriptif de poste, quand il existe. Elles peuvent concerner le chiffre d’affaires, la taille de l’équipe, voire le temps de trajet entre le lieu du poste et votre domicile, les jours de RTT… Si l’information est disponible facilement, utilisez l’outil adéquat pour l’obtenir, et l’entretien pour accéder à une information possible, mais non visible. Ce sont sinon des sujets de questions qui correspondent à une nécessité de questionner, pour la forme, mais pas pour l’enjeu de l’échange. C’est alors un exercice mécanique, sans valeur ajoutée. Comme le serait une salve de questions, dont la quantité ne compensera pas le manque éventuel de justesse.
  • Préparer pour questionner. Cette étape concerne la préparation de l’entretien. Sans entrer dans trop de détails, préparer un entretien ne signifie pas forcément connaître le site internet et le rapport annuel par cœur. Une fois encore, votre interlocuteur connaît déjà ces informations. Si vous souhaitez manifester un intérêt pour votre interlocuteur et son environnement professionnel, analysez l’information dont vous disposez, et celle qui vous manque par rapport à ce qui est important pour vous.
    Exemple : vous appréciez un environnement créatif, qui explore de nouvelles approches ou méthodes. Si vous questionnez la liste des activités de l’entreprise, de la BU, cela ne vous aidera pas. En revanche, si vous voyez des informations sur la capacité de l’entreprise à innover et remettre en question, c’est certainement une occasion de demander « De quelle manière l’entreprise a-t-elle évolué sur les 12 derniers mois ? » ou « Quelles sont les innovations technologiques et de méthode de l’entreprise sur les 12 derniers mois ? » ou « Vous parlez d’innovation, quels types d’innovations la crise sanitaire génère-t-elle ? ».
    Préparer votre questionnement, c’est préparer ce qui est important pour vous en termes d’environnement, de culture d’entreprise, de relations managériales…Et vous préparer, c’est bien sûr vous détendre avant tout, vous distraire, vous aérer…pas plus d’une heure et à un kilomètre de rayon…Pour l’instant.
  • Écouter pour formuler. Il y a cette information disponible avant l’entretien, et celle que vous recevrez en entretien. La préparation de votre rendez-vous vous permet aussi de réagir au contenu de l’entretien, ou du descriptif de poste qui vous est remis. Lorsque le rendez-vous est construit autour d’un réel échange, votre écoute des informations est un outil pour faire un lien entre votre besoin et le message reçu. Cela vous permet d’éviter le « pack questions » utilisé à chaque rendez-vous, quelle que soit la situation, quel que soit la nature de l’échange et du contexte, en entretien externe, comme en mobilité interne ou en rendez-vous sur un projet, un dossier.
    Écouter, c’est aussi vous adapter.

Questionner : une expression de votre posture

Votre questionnement évoque donc votre capacité à écouter, à vous adapter, à vous vous préparer, à vous exprimer. En effet, Le type de questions que vous posez dit quelque chose de votre préparation, mais aussi de votre réflexion sur vos propres attentes. Cela apporte une indication d’une réflexion sur votre projet professionnel, sur le projet sur lequel vous collaborez, sur une vision, sans que celle-ci ne soit définitive.

Entre questionner « le nombre de jours de RTT » et « les enjeux de la transformation managériale », il peut y avoir une « légère » différence de posture…Avec toute une palette intermédiaire, bien évidemment.

Il y a le sujet du contenu du questionnement, et celui de l’attitude dans le questionnement. Un autre élément de posture. C’est cette attitude dans le questionnement qui peut exprimer l’intention dans le questionnement, et comme toute attitude en rendez-vous, celle que vous pourriez développer une fois en poste, ou en collaboration sur un projet, ou en situation managériale. Votre questionnement exprime quelque chose de vous, dans la façon de poser les questions. En effet, un questionnement de curiosité peut générer, selon l’ouverture de votre interlocuteur, un échange. Un questionnement de doute, de remise en question, pourrait davantage créer la rupture dans le dialogue.

Exemple :

  1. Curiosité : « Vous évoquez sur votre site une forte culture managériale basée sur le collaboratif, et une transformation dans les méthodes de management. Je trouve le sujet très intéressant. Pourriez-vous illustrer le type d’actions ou de réalisations sur le sujet ? »
    Doute : « Le collaboratif revient souvent sur le site internet. On en parle beaucoup, comme la RSE. C’est bon pour l’image. Sinon, en termes d’actions, vous faites vraiment quelque chose ? »

  2. Curiosité : « Vous avez évoqué un timing d’un an dans la première étape de la transformation managériale de l’entreprise. Quels sont les jalons que vous posez pour la réaliser ? »
    Doute : « Un an pour la première étape de la transformation managériale, ça vous semble réaliste ? Vous êtes certain d’avoir pris en compte l’ensemble des éléments ? »
  3. Expliquer l’intention d’une question peut parfois être utile pour préparer votre interlocuteur à être questionné, et objectiver votre intention, en limitant au mieux le risque d’interprétation de votre question. Selon l’esprit du questionnement, et le type de questions posées, en termes de sujets, vous exprimez une curiosité pour votre interlocuteur et son environnement. C’est un mouvement vers lui ou elle, qui valorise alors votre interlocuteur. Une intention fondée, pas une valorisation de pure forme, tactique, qui révélerait à un moment donné la faiblesse de cette tactique, trop évidente.

    Questionner : une marque d’intérêt

    En entretien, en rendez-vous, chaque partie en présence existe au travers de sa fonction, de son rôle, mais aussi par rapport à une attente relationnelle. Elle dépasse la construction de l’échange sur le contenu, sur l’information, pour en faire un moment de rencontre.

    Questionner peut déjà indiquer une forme de curiosité. C’est le contenu, le sujet et la posture dans le questionnement qui en font un rouage d’une certaine valorisation de votre interlocuteur. Une valorisation par un questionnement qui devient une marque d’intérêt. Comme à l’inverse, si votre interviewer vous demande les lieux, dates et postes de votre parcours, ou vous questionne plutôt sur vos réalisations, vos contributions et satisfactions.

    Quelle que soit la conclusion de l’échange, de l’entretien, vous ne perdez pas votre temps à investir ce questionnement. Au contraire, c’est aussi les réponses que vous obtenez, en termes de contenu et de posture, qui vous permettront de vous faire une opinion, pour vous positionner, en meilleure connaissance possible. En conscience avant tout, d’une représentation la plus objectivée possible à ce stade de la situation à venir.

    Conclusion

    L’entretien, le rendez-vous, sont avant tout des moments qui deviennent un échange selon la disposition de chacune des parties à investir cet échange, et à le susciter chez l’autre. Une interaction avant tout.

    Si le questionnement est un media de curiosité, il peut aussi générer, quelle que soit la précaution dans la formulation et l’expression dans l’intention, une réaction négative chez votre interlocuteur. Elle est à envisager. Elle devient alors un élément d’information sur sa posture, et probablement sur la situation que vous questionnez.

    Si à une question sur les actions concrètes en termes de management collaboratif, votre interlocuteur se braque, se fige, se coince. Cela en dit peut-être suffisamment sur la réalité du sujet annoncé, et d’autant plus si cet interlocuteur est votre futur manager. Une attitude, ou une réaction, qui peut aussi vous apporter des éléments, sur son ouverture à être questionné. Est-ce bloquant ? Pas forcément. Car, comme nous l’évoquions plus haut, questionner génère des informations de contenu et de posture sur vous, mais aussi sur votre interlocuteur. Et, selon vos « essentiels », vos attentes incontournables, la réponse reçue vous permettra de vous décider de manière consciente.

    Une façon de questionner votre propre prise de décision, pour avancer, en anticipant, pour mieux vous intégrer, et mieux collaborer.

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