Partager la publication "Départs en congés : le révélateur caché des fragilités organisationnelles"

Quand toute l’organisation tient sur deux ou trois personnes
Dans chaque équipe, il y a un Untel !
Celui qu’on sollicite « vite fait » parce qu’il connaît le dossier par cœur, qu’il a paramétré l’outil il y a trois ans, ou qu’il est le seul à savoir dans quel ordre relancer la chaîne quand elle plante. Le reste de l’année, c’est confortable.
En août, c’est une autre histoire !
Les informaticiens ont un nom pour ça : le facteur d’autobus.
La question, un brin morbide, tient en une phrase : combien de personnes peuvent disparaître du jour au lendemain avant qu’un projet ne s’arrête net ? L’été, l’autobus prend simplement la forme d’un TGV pour la côte. Le résultat est le même. Et quand la réponse est « une seule », vous ne tenez pas une organisation, vous tenez un pari.
Derrière cette dépendance se cache un savoir qui n’existe nulle part ailleurs que dans une tête. Une très large part de ce qui fait tourner une entreprise n’est jamais écrite : des réflexes, des tours de main, la mémoire des exceptions, le bon contact chez le prestataire qu’on appelle « quand ça coince ». Ce savoir tacite ne se voit pas jusqu’au jour où il manque.
Le coût, lui, reste invisible tant qu’on ne le teste pas. L’éditeur Panopto a mesuré aux États-Unis le temps que les salariés passent à attendre une information ou à reconstituer un savoir non documenté : plus de cinq heures par semaine et par personne. Transposez ce chiffre à une équipe amputée de moitié en plein mois d’août, et vous tenez la vraie facture des congés.
La bonne nouvelle ? Ce que l’été expose, il permet de le réparer.
Si le départ d’une seule personne suffit à bloquer toute une chaîne, la fragilité n’est pas individuelle, elle est structurelle.
Cartographier les compétences réellement critiques, repérer qui détient quoi, doubler chaque fonction sensible d’un binôme : voilà le premier chantier que juillet dépose sur votre bureau !
L’été, votre plan de continuité grandeur nature
Les grandes organisations ont un document pour ça : le plan de continuité d’activité, ou PCA.
Sur le papier, il répond à une question simple. Comment continuer à fonctionner quand quelque chose lâche ? Incendie, cyberattaque, panne majeure… Les scénarios envisagés sont souvent spectaculaires. On oublie le plus banal d’entre eux : l’absence.
Or l’été rejoue exactement ce scénario, en version douce et prévisible. Un validateur parti trois semaines, et une commande reste en souffrance. Un seul détenteur des accès au serveur, et toute l’équipe patiente. Aucun relais identifié sur un compte stratégique, et le client sent le flottement. Ce ne sont pas des catastrophes, mais des répétitions générales !
Voilà tout l’intérêt de la période. Là où un vrai plan de continuité se teste à grands frais, une fois l’an, dans des exercices que personne n’attend avec impatience, juillet et août vous livrent le même diagnostic gratuitement !
Sans cellule de crise, sans consultant : il suffit d’observer où ça grince !
Le réflexe des normes de continuité, la fameuse ISO 22301, se transpose alors à moindre coût. Lister les activités qui ne peuvent pas s’arrêter. Mesurer combien de temps chacune tient sans son référent. Prévoir un relais avant la panne plutôt qu’après. Rien d’un chantier titanesque : un tableau, quelques conversations, une délégation de signature actée à temps.
Et c’est précisément là que la fonction RH prend toute sa place.
Personne dans l’entreprise n’a une vue aussi transversale sur qui fait quoi, qui peut remplacer qui, où se logent les angles morts. Piloter cette continuité dépasse largement la gestion des plannings de congés : il s’agit de protéger la capacité de l’entreprise à tourner, même à effectif réduit. Un rôle autrement plus stratégique qu’il n’y paraît !
Le revers de la médaille : des congés qui ne déconnectent personne
Cette dépendance a un prix humain, et il se paie l’été.
Quand une organisation repose sur quelques personnes, ces personnes-là ne partent jamais tout à fait. Elles emportent l’ordinateur « au cas où », jettent un œil aux mails « juste le matin », répondent au collègue qui « ne savait pas à qui d’autre demander ». Le corps est en vacances. mais la tête, beaucoup moins !
Les chiffres confirment la dérive. Selon une étude factorial-opinionway, 40 % des salariés ont été contactés pour le travail pendant leurs congés en 2025, contre 32 % deux ans plus tôt.
Chez les moins de 35 ans, c’est un sur deux. Et l’exemple vient souvent d’en haut : d’après Indeed, 42 % des salariés jugent que leur propre manager ne respecte pas le droit à la déconnexion.
Ce droit existe pourtant depuis 2017, inscrit noir sur blanc dans le Code du travail.
Beaucoup d’entreprises ont signé une charte de déconnexion, formalisé de bons principes, promis des serveurs qui se taisent le week-end. Mais une charte ne remplace pas un relais. Tant que l’organisation a réellement besoin qu’Untel réponde, Untel répondra, quels que soient les engagements affichés !
Voilà le cercle vicieux. Fragilité structurelle, hyperconnexion subie, repos raté, rentrée sous tension. Une fatigue numérique qui s’installe et grignote déjà l’énergie de septembre. La déconnexion se joue moins dans la volonté de chacun ou dans les bonnes intentions affichées que dans la solidité même de votre organisation. Elle en est le meilleur thermomètre !
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Faire de l’été un audit, pas une épreuve
Reste à changer de regard : ce qui grince en août n’a rien d’une fatalité saisonnière mais c’est un signal !
Le dossier à l’arrêt, le savoir enfermé dans une seule tête, le collègue qui répond entre deux baignades… autant de points faibles que le reste de l’année masque soigneusement. L’été se contente de les sortir de l’ombre.
Alors autant s’en servir !
Notez, dès la rentrée, ce qui a coincé et pourquoi. Faites de ce test subi un diagnostic assumé, reconduit d’une année sur l’autre. C’est souvent le chemin le plus concret pour transformer les concepts bien-être au travail en pratiques qui tiennent vraiment.
Un dernier angle mort, pour la route. À force de tenir la maison pendant que les autres soufflent, les équipes RH oublient souvent de souffler elles-mêmes. Leur bien-être à elles non plus n’est pas négociable : une organisation qui teste sa résilience gagnerait à commencer par la sienne !



