Les formations en santé mentale destinées aux agents en contact avec le public

Lors des Assises de la santé mentale et de la psychiatrie qui se sont tenues les 27 et 28 septembre 2021, le président de la République a annoncé sa volonté de généraliser le secourisme en santé mentale dans tous les secteurs de la société afin de « garantir sur l'ensemble du territoire une prise en charge précoce, un repérage efficace et une dynamique d'« aller vers » et favoriser le développement d'une culture de la santé mentale ». A cet effet, une circulaire, datée du 23 février 2022, relative aux actions de sensibilisation et de formation au secourisme en santé mentale dans la fonction publique (1) vient préciser les objectifs et les modalités du dispositif de formation au secourisme en santé mentale afin que celui-ci puisse être généralisé à l'initiative des employeurs publics, sur la base du volontariat des agents. Les employeurs publics sont, dans ce cadre, invités à participer à l'effort de développement et de connaissance de l'offre de formation en santé mentale au bénéfice d'agents placés sous leur responsabilité.

Les formations en santé mentale destinées aux agents en contact avec le public
Basée sur le volontariat, la formation en santé mentale destinée aux agents publics a vocation à réagir à la détresse psychique d'une personne.

1. La genèse du dispositif

Le secourisme en santé mentale (composante essentielle de la santé) est né et a été formalisé par le programme historique « Mental health first aid », né en Australie en 2000, a fait ses preuves dans 26 pays. Adapté en France, ce programme intitulé « Premiers Secours en Santé Mentale » est déployé depuis 2019, dans les universités : 26 universités vont ainsi déployer ce dispositif en 2022, avec un objectif de formation de plus de 5 000 secouristes. D’autres institutions ont suivi depuis : l’administration pénitentiaire ; quelques départements dans le cadre du Service national universel (SNU) ; l’Assurance maladie dans le cadre de sa stratégie de prévention 2019-2022 à destination des jeunes de 16 à 25 ans non étudiants, ainsi que des collectivités territoriales, notamment via les conseils locaux de santé mentale.

Si les facteurs d’ordre professionnel doivent ainsi être pris en compte, des facteurs extérieurs au travail sont susceptibles d’altérer la santé mentale des agents et, par conséquent, leur capacité de travail des agents. Des actions de prévention des risques et de promotion de la santé mentale trouvent par conséquent leur place en situation professionnelle, dans le cadre d’une politique de prévention de la désinsertion des agents publics.

Le secourisme en santé mentale a ainsi vocation à intégrer les actions de formation portées par les employeurs, qui pourront faire appel aux différents programmes validés et disponibles.

2. Le concept de secourisme en santé mentale : éléments de définition

Le secourisme en santé mentale est à entendre dans le sens d’une capacité à réagir à la détresse psychique d’une personne et à entrer en relation avec elle. Il ne s’agit ni de prodiguer des soins, ni de remplacer les professionnels de la santé mentale (médecins ou psychiatres, infirmiers, psychologues, etc.).

En outre, il s’agit d’une possibilité proposée en plus, aux agents publics. Les auteurs de la circulaire, précitée, indiquant qu’elle ne vient aucunement se « substituer aux investissements massifs opérés par le gouvernement dans le cadre du Ségur de la santé, avec 19 milliards d’euros d’investissement dont une partieva bien sûr aux établissements publics de santé mentale, la fin du numerus clausus qui permettra d’avoir plus de médecins, et la prise en charge par l’Assurance maladie de séances chez le psychologue. »

Le secourisme en santé mentale, comme le secourisme, tout court, s’appuie sur l’intervention de pairs, qui ont reçu une formation au contenu validé et à l’efficacité démontrée, leur permettant d’appréhender la santé mentale et les troubles psychiques, d’identifier des signes de souffrance et d’assurer un premier niveau de conseil, d’aide de proximité et de médiation vers les aides spécialisées et les soins. À l’instar des « gestes qui sauvent », dont l’objectif est d’apporter une aide physique immédiate à la personne en difficulté, le secourisme en santé mentale vise à prévenir des situations de crises et orienter les personnes en situation de détresse psychique vers les professionnels de la santé mentale. Les secouristes ne sont pas habilités à réaliser des entretiens à visée psychothérapeutique. Ils sont formés pour pouvoir établir le dialogue avec une personne en souffrance, communiquer avec bienveillance, sans intrusion et d’égal à égal.

3. Les actions de formation privilégiées par le gouvernement

La circulaire, précitée, prévoit trois actions pour diffuser une culture de la santé mentale dans la fonction publique : une action de sensibilisation à destination de l’ensemble des agents publics ; une action de formation au secourisme en santé mentale ; et une action de formation de formateurs au secourisme en santé mentale afin de maintenir des personnes ressources dans les milieux qui ont investi la démarche et qui le souhaiteraient.

Ces trois actions sont complémentaires et partagent un socle commun qui définit les enjeux de la santé mentale, les facteurs susceptibles de l’altérer, ceux qui la favorisent, ainsi que des notions générales sur des troubles psychiques. Elles garantissent respectivement l’appropriation des enjeux de la santé mentale, le développement de compétences relatives au repérage et à la prévention de situations nécessitant la mise en place d’interventions appropriées pour contribuer à la sécurité et à la santé en milieu professionnel et la constitution de viviers de formateurs au sein des administrations et établissements publics pour amplifier le déploiement de la formation au secourisme en santé mentale. Un bilan du suivi, par les agents publics, de ces actions de formation devrait être réalisé au 1er trimestre 2023.

A. L’action de sensibilisation à la santé mentale

Cette action vise à :

  • Faire connaître la santé mentale en tant qu’enjeu majeur de santé publique et de société ;
  • Informer et communiquer des éléments essentiels sur comment préserver sa santé mentale ;
  • Déstigmatiser les troubles psychiques ;
  • Promouvoir les lignes d’écoute et le 3114 ;
  • Et favoriser le développement de réseaux d’échanges sur la santé mentale.

Cette sensibilisation peut être organisée selon les modalités suivantes :

  • Des demi-journées d’information et de prévention à destination de l’ensemble des agents des administrations s’appuyant sur un module en ligne de 2 heures, qui sera accessible, depuis fin 2022, sur la plate-forme interministérielle de formation en ligne Mentor ;
  • La demi-journée peut être organisée sous forme de tables rondes, de débats, d’ateliers, de conférences… en présentiel et/ou à distance et doit associer des professionnels de la santé mentale et si possible des personnes concernées, pour apporter des éclairages sur les enjeux de la santé mentale ;
  • Des outils d’information : des vidéos, des dépliants en ligne, avec des informations pratiques notamment sur les aides accessibles au sein ou en dehors de l’administration, etc.

Cette action de sensibilisation pourra s’appuyer notamment sur les agents ayant suivi une formation de formateurs en secourisme en santé mentale.

Votre formation sur ce thème

 IDENTIFIER LES COLLABORATEURS EN SOUFFRANCE PSYCHOLOGIQUE 

2 jours – En présentiel ou à distance

  • identifier les facteurs de risques individuels et professionnels de la souffrance psychologique.
  • Repérer, identifier les manifestations de la souffrance psychique.
  • Pratiquer les méthodes d’écoute, d’entretien et de soutien.
  • Utiliser les techniques de communication affirmée et bienveillante adaptées face à des troubles du comportement.
  • Définir le rôle des différents acteurs dans la prévention et la prise en charge.

B. La formation au secourisme en santé mentale

Cette action vise à permettre aux agents :

  • D’acquérir des connaissances de base concernant les troubles de la santé mentale (socle commun) ;
  • De repérer : savoir reconnaître les signes de souffrance psychique ou de malaise dans son environnement, et mieux appréhender les différents types de crises en santé mentale ;
  • De conseiller et orienter&nbs;: développer des compétences relationnelles permettant d’aller vers une personne en souffrance psychique, de l’écouter sans jugement, de la rassurer, de lui fournir de l’information et de l’orienter vers le soin, si besoin ;
  • D’agir : mieux faire face aux comportements agressifs et aux crises.

Différentes formations existent. La seule exigence est de faire appel à des formations validées, c’est-à-dire qui ont prouvé leur efficacité scientifiquement. Elle s’adresse à des agents volontaires, qui doivent exposer leur motivation pour suivre cette formation. Ils peuvent en échanger en amont avec la médecine du travail. Un retour d’expérience est organisé après la formation.

A noter que les médecins du travail doivent être associés aux actions de formation en lien avec la prévention des risques professionnels (2).

C. La formation des formateurs en santé mentale

Afin de favoriser la généralisation de la formation au secourisme en santé mentale, le développement d’une culture de la prévention des situations de détresse psychique et de permettre aux administrations et établissements publics de la déployer le plus largement possible, les ministères, les collectivités territoriales et les établissements peuvent mettre en place une formation de formateurs en s’appuyant sur les ressources de formation de référence existantes ou en faisant appel à leurs formateurs internes ayant suivi une formation de formateurs tenant compte des recommandations des institutions de référence.

Cette formation vise à permettre aux agents de :

  • De maîtriser le contenu de la formation au secourisme en santé mentale ;
  • Et d’acquérir les compétences nécessaires pour se positionner en tant que formateur.

Cette formation hybride (enseignements à distance et en présentiel), complémentaire aux deux
précédentes, s’adresse à des agents volontaires ayant été formés au secourisme en santé mentale, qui ont une connaissance des risques psychosociaux et une expérience en matière de formation. Ils sont désignés par leur employeur public.

Les auteurs de la circulaire, précitée, conseillent de créer et d’animer dans les ministères, les collectivités territoriales et les établissements publics un réseau interne de secouristes en santé mentale afin de fédérer et d’appuyer les personnes formées et de leur permettre, le cas échéant, de bénéficier d’un appui et de séances de debriefing par un formateur ou par un intervenant extérieur formé aux techniques de debriefing.


Références :

  1. Circulaire du ministère de la transformation et de la fonction publiques, datée du 23 février 2022, relative aux actions de sensibilisation et de formation au secourisme en santé mentale dans la fonction publique, NOR : TFPF2133602C ;
  2. Fonction publique de l’Etat :  art. 16 du décret n° 82-453 28 mai 1982, relatif à l’hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu’à la prévention médicale dans la fonction publique ; fonction publique territoriale : art. 15 du décret n° 85-603 du 10 juin 1985, relatif à l’hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu’à la prévention médicale dans la fonction publique territoriale ; fonction publique hospitalière : art. R. 4624-1 du code du travail.

 

Qu'avez-vous pensé de cet article ?

Note moyenne de 0/5 basé sur 0 avis

Soyez le premier à donner votre avis

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *